Tout savoir sur le divorce pour altération du lien conjugal et les articles 237 et 238 du code civil

L’article 237 du code civil pose un fondement autonome de divorce qui ne repose ni sur l’accord des époux, ni sur la démonstration d’une faute. Le divorce pour altération définitive du lien conjugal se distingue par sa mécanique purement objective : seule la durée de la séparation compte. Nous observons en pratique que cette voie reste mal maîtrisée, y compris par des justiciables déjà engagés dans une procédure contentieuse.

Appréciation du délai d’un an : date d’assignation ou prononcé du divorce

L’article 238 du code civil fixe à un an de séparation effective le seuil pour caractériser l’altération définitive du lien conjugal. La réforme issue de la loi du 23 mars 2019, applicable au 1er janvier 2021, a réduit ce délai (auparavant fixé à deux ans) et modifié son point de départ.

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Lorsque le demandeur invoque l’altération dès l’assignation et précise les motifs de sa demande, le délai d’un an s’apprécie au jour de cette assignation. Le juge vérifie alors que la cessation de la communauté de vie remonte à au moins douze mois avant la saisine.

En revanche, lorsque le demandeur n’indique pas les motifs dans l’assignation, le délai peut être apprécié au jour du prononcé du divorce. Ce mécanisme, prévu par l’article 238, offre une souplesse procédurale que nous recommandons d’anticiper dès la rédaction de l’acte introductif d’instance.

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Le choix entre ces deux options conditionne la stratégie de temporalité du dossier, notamment pour les séparations récentes dont la durée frôle le seuil légal.

La cessation de la communauté de vie suppose la réunion de deux éléments. L’élément matériel correspond à la fin de la cohabitation : résidences distinctes, absence de vie sous le même toit. L’élément intentionnel traduit la volonté d’au moins un époux de ne plus vivre ensemble.

La preuve se fait par tous moyens : contrats de bail séparés, attestations, relevés bancaires distincts, déclarations fiscales individuelles. Le cadre probatoire défini par les articles 237 et 238 du code civil repose sur cette logique factuelle, sans examen du comportement conjugal.

Une avocate spécialisée en droit de la famille consultant le code civil français relatif au divorce pour altération du lien conjugal, articles 237 et 238

Dispense du délai d’un an en cas de demandes multiples

L’article 238 prévoit un cas de dispense trop souvent négligé. Quand une demande pour altération est jointe à une autre demande en divorce, le délai d’un an n’est pas exigé. Cette hypothèse vise principalement l’articulation avec le divorce pour faute.

Un époux peut assigner en divorce pour faute à titre principal et invoquer l’altération définitive du lien conjugal à titre subsidiaire. Si le juge rejette la faute faute de preuve suffisante, il peut prononcer le divorce sur le fondement de l’altération, sans vérifier l’écoulement du délai d’un an. Ce mécanisme constitue un filet de sécurité procédural.

Nous observons que cette articulation modifie la stratégie contentieuse. L’époux demandeur qui hésite entre faute et altération a intérêt à formuler les deux demandes simultanément plutôt que de façon successive. Cela évite un second circuit procédural et réduit la durée globale du contentieux.

Divorce pour altération et absence de faute : conséquences sur les dommages-intérêts

Le divorce pour altération définitive du lien conjugal est un divorce sans faute au sens strict. Le juge n’a pas à rechercher le comportement fautif de l’un ou l’autre époux pour prononcer la dissolution du mariage. Cette neutralité a des répercussions directes sur les demandes indemnitaires.

L’article 266 du code civil permet à un époux d’obtenir des dommages-intérêts lorsque la dissolution du mariage lui cause des conséquences d’une particulière gravité. Dans le cadre d’un divorce pour altération, cette demande reste recevable, mais son fondement diffère de celui du divorce pour faute. Il ne s’agit pas de sanctionner un manquement aux obligations du mariage, mais de réparer un préjudice lié à la rupture elle-même.

  • Les dommages-intérêts sur le fondement de l’article 266 supposent la preuve de conséquences matérielles ou morales d’une gravité particulière, distinctes du simple préjudice lié au divorce.
  • Une demande de dommages-intérêts sur le fondement de l’article 1240 du code civil (responsabilité civile de droit commun) reste possible si un comportement fautif indépendant du fondement du divorce est caractérisé.
  • Le juge apprécie souverainement la gravité du préjudice, ce qui rend le résultat aléatoire en l’absence de faute prouvée.

Cette distinction entre les deux fondements indemnitaires (article 266 et article 1240) est un point technique que le demandeur doit clarifier dès ses conclusions. Confondre les deux fondements expose à un rejet de la demande.

Effets du divorce sur la liquidation des intérêts patrimoniaux

Le prononcé du divorce pour altération définitive du lien conjugal produit les mêmes effets patrimoniaux que tout autre cas de divorce. La date des effets entre époux en ce qui concerne leurs biens remonte, sauf convention contraire, à la date de l’ordonnance de non-conciliation (pour les procédures anciennes) ou à la date fixée par le juge dans le cadre de la procédure réformée.

La loi du 7 avril 2026 relative à l’indivision et à la liquidation des intérêts patrimoniaux modifie certains mécanismes applicables après le divorce. Les règles de gestion de l’indivision post-divorce ont été ajustées pour fluidifier le partage, un point particulièrement sensible quand la séparation de fait dure depuis plusieurs années avant la saisine du juge.

En pratique, la longue durée de séparation qui caractérise ce type de divorce complique fréquemment l’évaluation des biens. Les époux séparés depuis plus d’un an ont souvent constitué des patrimoines distincts, contracté des dettes personnelles ou réalisé des investissements sur des biens communs. Le juge liquidateur doit démêler ces flux financiers, ce qui allonge la phase post-divorce.

Une femme seule dans un parc tenant des documents juridiques, illustrant la période de séparation de deux ans requise pour un divorce pour altération du lien conjugal

Le divorce pour altération définitive du lien conjugal reste la seule voie permettant à un époux d’obtenir le divorce malgré le refus de l’autre, sans avoir à prouver une faute. Sa mécanique repose sur le temps et la preuve d’une séparation réelle. La maîtrise du point de départ du délai, l’articulation avec d’autres fondements et la préparation de la liquidation patrimoniale conditionnent l’efficacité de la procédure.

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